Le terme « hypocondriaque » est inexact mais je n’en ai pas trouvé d’autre. Je n’ai pas tout le temps peur d’être malade. Mais quand je le suis, c’est potentiellement grave. Hyper grave.

C’est grave docteur ?

Je n’ai pas un simple mal de tête ou une saleté de migraine : si ça se trouve, je vais faire un AVC. Et je finirai hémiplégique voire totalement dépendante.

Je n’ai pas les jambes un peu fatiguées : si ça se trouve, ce sont les premiers symptômes d’une maladie neurodégénérative. C’est ça. Je vais mourir d’une SLA.

Tout va très bien Madame la Marquise

L’ignorance a du bon. Quand tu ne sais pas les AVC et autres SLA, tu prends un Paracétamol et tu masses tes cuisses potelées avec un jet d’eau fraîche. C’est tout.

L’art de se voiler la face

Mes premières années dans le domaine médical ont été au contact de malades insuffisants respiratoires. Je fumais à l’époque. Tu n’imagines pas à quel point un fumeur invétéré est capable de se voiler la face ! La vue d’anciens fumeurs à l’agonie ne me faisait même pas diminuer ma consommation. Leur douleur n’était pas la mienne. Je traversais les couloirs de l’unité de soins intensifs avec des œillères.

J’ai écrasé ma dernière cigarette le 1er août 2011. Maintenant totalement sevrée et dégoûtée par la moindre volute de fumée, je psychote cancer pulmonaire dès que je respire difficilement (j’ai des allergies respiratoires, réelles s’il est utile de le préciser).

Je sais

Depuis quatre ans, mon quotidien professionnel s’exerce auprès de patients pluripathologiques. Traduction : qui multiplient les emmerdes.

Je sais des cancers dont tu ne soupçonnes pas l’existence.
Je sais les dégâts du diabète.
Je sais la dépendance qui n’attend pas toujours le poids des années.
Je sais les ordonnances de plusieurs pages, ces listes sans fins de médicaments à ingérer pour être juste un peu moins mal.
Je sais la mémoire qui s’éteint (et le gaz qu’on éteint plus).

Changer de job n’y changerais rien. Où que j’aille, désormais, je sais.

J’oublie

J’oublie les gens qui vont bien. Des tas de gens vieillissent bien ! Mon ancien médecin traitant m’a fait remarquer un jour que j’avais, à cause de mon travail, une vision faussée de la vieillesse.

L’angoisse du temps qui passe

Je n’ai pas peur de vieillir. J’ai peu de mal vieillir. La dépendance est ce qui m’effraie le plus. Je ne mène pas une lutte acharnée contre les rides. Je n’ingurgite pas de poudres de perlimpinpin sensées prévenir je ne sais quelles maladies. Je ne crois pas aux vertus des alicaments. Mais à défaut d’être sportive, j’essaie de ne pas me sédentariser. Je surveille mon léger surpoids pour ne pas basculer du côté obscur (de la santé, pas de l’esthétisme).

Je voudrais être un jour une petite vieille sur ses deux jambes et avec toute sa tête (et des ordonnances sans plus de lignes qu’aujourd’hui).

Et si on faisait un IRM ?

On se disait, l’autre jour, avec un médecin, que ce serait drôlement chouette si, arrivés à la cinquantaine, on pouvait nous faire un IRM du corps tout entier. En dépistage. Au cas où. Parce que si ça se trouve…

Tu vois, il semblerait que cette tendance à élaborer les scénarios du pire ne touche pas que moi, même si je reste la risée de mes collègues quand je leur demande quels sont les symptômes, au choix, d’une pyélonéphrite ou d’une embolie pulmonaire. Oui. Rien que ça.

Publié par :Lydie Dee

Blogueuse récidiviste, rêveuse depuis 1966.

4 messages sur “ Mon job m’a rendue hypocondriaque ”

  1. C’est fou ! Honnêtement, je pense que je serais comme toi si je faisais le même métier ! J’imagine déjà parfois les pires scénarios alors que vraiment, je ne sais rien des symptômes ou de toutes les maladies que je pourrais avoir. En fait, maintenant que je dis ça je me rends compte que parfois, c’est le fait de ne rien savoir qui me fait peur ahah, et je commence alors à me dire des trucs genre « et si j’avais un cancer que je n’ai pas détecté parce que je n’en connais pas les symptomes ?! ». Mais au final, qu’on soit au courant de ces symptômes ou pas, je pense que, vraiment, il faut arrêter de se faire du souci. D’abord parce que c’est chiant de se faire du souci pour RIEN, mais aussi parce que ça ne nous aidera pas à mieux gérer la situation si un jour elle se présente :).

    1. Je te rassure, je ne me fais pas de souci au quotidien ! Je dramatise seulement quand je suis malade où que j’ai un bobo quelque part. Après, j’ai aussi des motifs réels et sérieux de m’inquiéter… Mais j’ai la chance d’avoir un médecin traitant qui sait me rassurer mieux que personne 😉

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